Lettre ouverte à ceux qui continuent d’avancer

Je n’ai jamais écrit de lettre ouverte et il y a comme un flottement avant même de commencer – à qui suis-je en train de m’adresser, exactement ? À moi, d’une certaine manière, en retraçant ma propre expérience, et à tous ceux qui se sont engagés, plus ou moins volontairement, sur ce drôle de chemin. 

            Tu sais déjà de quel chemin je parle, n’est-ce pas ? Tu peux le sentir, d’une certaine manière, comme on reconnaît les gens qui nous sont semblables, qui avancent au même rythme que nous, dont le cœur vibre de la même manière. Certains parlent de chemin de vie, d’autres de chemin spirituel, d’évolution personnelle. Et avant de (re)mettre les pieds sur ce chemin, je n’étais pas bien sûre qu’il existe vraiment. Je l’avais senti, peut-être, touché du doigt ou imaginé, mais je ne crois pas que j’avais vraiment mis les pieds dessus, pas les deux en tout cas – car on ne s’en éloigne jamais vraiment. J’avais parfois l’impression de trouver le truc, le chemin qui me conviendrait enfin, qui me mènerait vers mon but, mon objectif de vie. Aujourd’hui, je me rends compte qu’il ne s’agissait que de sentiers détournés, tu sais, ces embranchements que l’on explore parfois en pleine randonnée, ceux qui ne sont pas balisées et qui, souvent, nous ramène là où on aurait dû se trouver. 

            Et puis c’est quoi, exactement, un objectif de vie ? Pendant longtemps, j’ai cru qu’il s’agissait d’un palier, d’une état clé de notre vie professionnelle, personnelle, matérielle, une forme de réussite qu’il fallait matérialiser. Un rêve, en quelque sorte, un rêve bien défini. Mesurable. Mais des rêves, j’en avais des tas. Il y avait d’innombrables choses que je voulais faire, qui me tenaient à cœur, que je voulais réaliser ; que je voulais tenter ou oser, des dizaines de défis que je veux toujours me lancer et relever. Certains avant mes trente ans, d’autres avant mes trente-cinq. Mon objectif, par contre, le sens que je voulais donner à ma vie, j’étais incapable de mettre les mots dessus, d’en faire une phrase. Incapable de répondre comme on l’attendait car la seule chose qui me venait, instinctivement, sans   réfléchir, c’était cette petite phrase : « Mon but dans tout ça ? Être heureuse. » Ça me semblait à la fois si évident et si étrange.

            Si, comme moi, tu fais partie des fameux millennials, tu as peut-être aussi été pris(e) entre deux feux : entre l’envie, le besoin (le sien, ou celui des autres) d’avoir du succès, d’être matériellement assuré, d’avoir une carrière épanouissante, occupée, de répondre à certains critères sociaux, économiques, voire psychologiques ou physiques qui n’avaient rien à voir avec ta personnalité propre, avec ce que tu sentais au fond de toi ; et de l’autre côté, cet appel. Celui du chemin. La petite voix qui répond à ta place avant que tu n’aies le temps de réfléchir, qui te souffle des idées, des envies d’aventures, de nouveautés, d’ailleurs, des envies d’autre chose

            Cette petite voix, c’est celle qui m’a ramenée sur le chemin – après s’être mise à hurler parce que je ne voulais pas l’écouter, mais ça c’est une autre histoire. C’est elle qui m’a permis de comprendre qu’il y avait d’autres manières de faire les choses, d’autres manières de vivre que ce que l’on attendait de moi, que ce que la société m’avait enseignée – nous avait enseigné. Qu’il y avait des alternatives, et qu’il en existe encore plus aujourd’hui que lorsque nous étions adolescent(e)s. C’est à elle que l’on fait confiance, quand on se remet en route après avoir bifurqué, après avoir souffert, après avoir perdu de vue notre objectif – on ferme les yeux, on avance. 

            Alors cette lettre, elle est pour toi, pour vous. Pour tous ceux qui ont mis les pieds sur le chemin, à un moment donné, et qui n’ont jamais réussi à s’en défaire parce que malgré les difficultés, c’est plus beau par ici. C’est plus honnête, c’est plus authentique. Parce que la petite voix que l’on entend parfois dans un coin de sa tête, dans les recoins de son âme, elle sait déjà. Nous savons déjà où nos pieds nous mènent. 

            Cette lettre, je l’écris pour te féliciter, car tu n’as pas baissé les bras. Tu continues d’avancer et je sais à quel point, parfois, la route peut être compliquée, semée d’embuches, couverte de boue tant et si bien qu’on la perd de vue. Pour paraphraser Prem Baba, on oublie tout à un moment donné, le chemin, nos intentions, nos objectifs, on oublie tout pendant quelques temps et on apprend à nouveau. Et puis on oublie, encore une fois, et on apprend, encore une fois. Je sais à quel point ça peut être éreintant, décourageant, comme on peut se sentir seul, un peu désespéré(e). On se demande si on va un jour « y arriver », si nous aussi on va trouver la clé, si on va voir le bout du chemin. Il nous faut parfois quelques claques, quelques chutes et retours de bâtons pour se rappeler qu’il n’y a jamais vraiment de fin à tout ça. Qu’on ne cesse de cheminer et que c’est normal de tomber de temps en temps, de s’arrêter, de faire une pause. De se reposer pour mieux repartir, d’oublier ce qu’on est venu chercher, de perdre le fil – puisqu’on revient toujours. Alors bravo à toi, bravo à vous tous et bravo à moi, parce qu’on avance malgré tout, parce qu’on ouvre de nouvelles voies et qu’avec cette force, cette résilience qui nous caractérise, on continuera toujours à avancer. 

Cette lettre ouverte a été écrite par Pauline Meissel : Naturopathe, professeure de Yoga & Méditation et fondatrice du podcast ‘Sauvage’ à découvrir ici. N’hésitez pas à lui faire coucou sur Instagram!

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